18/06/2026
Elle partage peu mais quand elle le fait ça vaut tellement le coup.
Merci pour ces mots mon amie.
Lettre ouverte à qui voudra me lire et l'entendre
Je m'adresse à vous aujourd'hui en tant qu'éducatrice canin au quotidien sur le terrain.
En tant que passionnée du chien dans son ensemble et sa globalité.
J'ai la chance et le privilège de fréquenter le monde du chien depuis ma plus tendre enfance.
D'avoir pu tirer mon expérience des anciens, de ceux qui n'ont jamais laissé d'autre trace que le savoir qu'ils ont pu transmettre aux personnes qu'ils ont croisées et marquées.
J'ai aussi appris à faire preuve de discernement, à savoir faire la part des choses, à être à l'écoute de mon instinct, pour tirer les conclusions qui s'imposent dans les diverses expériences de ma vie, bonnes ou mauvaises.
J'ai vu dans le monde du chien des choses exceptionnelles, et d'autres que je n'aurais jamais voulu voir.
Ma philosophie de vie m'enseigne de ne pas juger les humains pour leurs erreurs, car l'ignorance en est souvent la cause. Cependant, cette même philosophie m'impose le devoir de justice et de clarté face à une réalité que nous ne pouvons plus ignorer aujourd'hui : la dérive tragique du Malinois.
Ce que j'écris ici n'est pas q'une simple opinion personnelle ; c'est un constat factuel né de mon expérience personnelle et professionnelle.
Le Malinois, qui devrait être l'une des fiertés de notre patrimoine, est devenu la victime d'un fléau moderne.
Le Malinois est un chien d'exception, caractérisé par sa haute sensibilité, sa réactivité et sa volonté au travail.
On entend souvent dire, pour justifier son acquisition, que c'est un chien "d'une grande adaptabilité".
L'adaptabilité d'un chien de travail s'exprime sur son terrain, dans son domaine d'expertise, face à la complexité des tâches qu'on lui confie. Elle ne signifie en aucun cas qu'il peut s'adapter au vide, à l'ennui d'un appartement ou à l'inactivité d'une vie de salon. Ce n'est pas parce qu'un chien tolère le manque en silence ou en développant des TOCs qu'il s'est "adapté". Sans une stimulation mentale quotidienne et une activité à la hauteur de son potentiel, ce chien dépérit ou explose.
Le Malinois n'est pas, et ne sera jamais, un "super labrador".
Malheureusement, victime d'un effet de mode, sa reproduction échappe à tout contrôle.
Nous assistons aujourd'hui à des choix désastreux en matière de génétique des comportements.
Par orgueil, cupidité ou vantardise, certains font reproduire des individus instables, anxieux ou excessivement (voire pathologiquement) réactifs.
En tant qu'éducatrice, je vois arriver de plus en plus de chiots, vendus bien trop jeunes, présentant déjà des pathologies comportementales lourdes, avant même d'avoir pu découvrir le monde. Ces chiots sont arrachés bien trop tôt à leur mère, privés de semaines d'imprégnation et d'apprentissages cruciaux. Ce sont là bien souvent des erreurs fondamentales de la part des éleveurs. Mais dans ce cas, nous ne pouvons pas parler d'éleveurs. Tout au plus de naisseurs.
Combien de fois n'ai-je pas rencontré ces fameuses personnes, détenteurs d'un club d'éducation clandestin sur un terrain miteux, jouer au roi autour de leur petite cour d'adeptes. Primant les succès à des concours qu'eux seuls aiment et animent. Prétendand détenir le champion ultime. Vendant déjà les chiots à venir à leurs clients fidèles.
Ah, Tony, quand tu nous tiens !
Car la législation peut être tordue pour les vrais éleveurs, ceux qui ont à cœur de faire les choses bien. Maigré tout, ces gens-là s'arrangent toujours pour passer en dessous des radars. Comme si la législation ne les touchait jamais. Et c'est un fait.
Via-via, un ou deux clics sur un site de seconde main ou sur les réseaux sociaux et le tour est joué. Il ne faut parfois même pas payer pour s'en procurer un. C'est un véritable rabbit hole pour qui prend le temps de faire les recherches.
Il est aujourd'hui d'une facilité déconcertante de se procurer un Malinois en Belgique ou en France. Le vivant est traité comme une marchandise banale. Cette accessibilité sans filtre est la porte ouverte à toutes les dérives.
Le grand public, quant à lui, est victime de toutes les illusions possibles, que ce soit sur les écrans ou dans la réalité.
D'un côté, les algorithmes des réseaux sociaux saturent l'espace virtuel d'images de Malinois de vitrine, obéissant au doigt et à l'œil, faisant croire à une race "clé en main". Ne parlons même pas de tous ces professionnels du monde canin qui les exhibent fièrement pour vanter la qualité de leurs services, telle une simple vitrine marketing, un faire-valoir destiné à flatter leur ego et à vanter la prétendue infaillibilité de leurs prestations. Une projection rassurante dans l'inconscient de notre futur adoptant.
De l'autre côté, dans le monde réel, les passants admirent les rares spécimens impeccables qu'ils croisent en rue. Parfois sans même apercevoir la télécommande ou le torcatus dissimulé habilement sous un magnifique collier en cuir.
C'est malheureusement là un biais d'observation dramatique.
Mais la réalité est que bien souvent, pour 10 Malinois impeccables, des milliers vivent une vie de misère, reclus. Certains passent leur vie en cage ou confinés au fond d'un jardin, parce que leurs maîtres sont dépassés par leur puissance et leur réactivité exacerbée.
Guidés par ces chimères commerciales et virtuelles, ces maîtres neophytes se retrouvent souvent face à un animal dont ils ne comprennent pas les besoins, qu'ils ne contrôlent plus et dont ils finissent parfois par avoir peur.
Ce confinement forcé, né de l'impuissance humaine et d'une idéalisation mensongère, est une maltraitance invisible qui brise l'équilibre de l'animal et transforme la vie des familles en un véritable enfer.
La confrontation avec la réalité du quotidien est souvent brutale, menant à l'incompréhension, à la détresse humaine et finalement à l'abandon ou à l'euthanasie.
Je ne cherche ni à blâmer les propriétaires dépassés, ni à diaboliser une race que je respecte profondément. Je cherche simplement à ce que nous cessions, collectivement, de détourner le regard. La situation actuelle du Malinois est une injustice pour le chien et un danger pour la société.
Regarder la réalité en face est le premier pas vers le changement. Ce texte est un appel à la clarté et au bon sens. Pour le bien de nos familles, et avant tout pour le bien de ce compagnon fidèle, il est temps de remettre la vérité et l'éthique au cœur du monde canin.